FX JEULAND.JPGInterview de François-Xavier JEULAND
04 décembre 2007



Vous venez de publier la seconde édition du livre « La maison communicante : réussir son installation domotique et multimédia ». Que cherchez-vous à montrer ?

La plupart des gens souhaitent aujourd’hui vivre, travailler, se soigner et vieillir le plus longtemps possible à domicile. Nos maisons doivent s’adapter à cette tendance, d’autant qu’elle est amplifiée par le papy-boom et le prix toujours plus élevé pour la société de la prise en charge des personnes âgées en maisons spécialisées. Les technologies domotiques et multimédias ont évidemment un rôle essentiel à jouer dans ce domaine. Elles peuvent contribuer à l’amélioration de la qualité de vie et s’adapter au vieillissement de la population en automatisant certaines actions, en renforçant le lien virtuel avec la famille et les amis, en facilitant la vie quotidienne à travers des automatismes et des systèmes régulés, en permettant d’adapter le logement à certaines situations de maladie ou de handicap, en renforçant la sécurité des personnes et en développant les possibilités de monitoring, de télé-assistance, de télédiagnostic ou de télémédecine.

A l'heure du triple play, du télétravail et du Grenelle de l'environnement, on continue pourtant à construire ou à réhabiliter nos maisons avec les mêmes technologies qu'il y a 35 ans (chauffage électrique, conjoncteur téléphonique, va-et-vient...) alors que les nouvelles normes et le bon sens devraient suffire à la mise en œuvre de solutions plus rationnelles et plus évolutives. En dehors de quelques projets exemplaires forcément très médiatisés, l'écrasante majorité des logements récents sont énergivores et d'ores et déjà totalement inadaptés aux nouveaux usages*. Alors que les besoins sont évidents et que le prix des technologies diminue tous les jours, le secteur du bâtiment dans son ensemble reste désespérément incapable d'intégrer l'innovation. En plus d'un changement de mentalité, il faut souhaiter l'éclosion de nouveaux métiers aussi bien en amont dans la conception fonctionnelle des installations et des interfaces utilisateur, que lors de l'intégration des différents systèmes mais aussi au quotidien pour faciliter la prise en main et assurer la maintenance des équipements.


Quelles sont les conditions de succès d’une installation domotique et multimédia ?

- Au minimum il faut que les logements soient prédisposés pour pouvoir anticiper les évolutions futures liées à la situation personnelle des individus.

- Puis, tout dépend du type de programme et du type de budget. Prenons le cas d’une maison construite pour des retraités. Ils ne vont pas toujours anticiper sur leurs besoins futurs et ne bénéficieront pas des conseils adéquats nécessaires à une meilleure conception de leur logement. Ni les architectes, ni les installateurs et ni les bureaux d’études ne sont en mesure de conseiller les particuliers dans les domaines de l’innovation. Généralement l’architecte va plutôt fuir le changement plutôt que de donner un conseil dans ces domaines. Il manque clairement un maillon dans la chaîne. Ainsi, une prise de conscience par les professionnelles est le deuxième facteur de réussite pour une installation réussie.

- Il faudrait également prendre en compte la notion de nouvelle électricité. En effet, 99 % des logements en France sont construits ou réhabilités en électricité traditionnelle et sont déjà obsolète dès leur mise en fonction. Un logement comportant une installation moderne peut s’adapter à n’importe quel type de personne quel que soit ses besoins : en cas de changement de locataire ou de propriétaire, il devient possible de modifier, de redéfinir la programmation sans retoucher à l’installation qui est communicante.

- Pour ce qui concerne l’installation multimédia, le principe est le même. Aujourd’hui en 2007, on construit exactement avec les mêmes technologies qu’il y a 35 ans. Par exemple, à aucun moment on s’est demandé si la prise téléphone est vraiment utile ? Aujourd’hui elle est encore tolérée mais à partir du 1er janvier elle sera interdite. On conseille de remplacer les différents réseaux (télévision, ADSL, interphone, alarme…) par un unique réseau multimédia correspondant à une prise universelle, la prise RJ45. Pour bien prédisposer un logement, il faut intégrer les progrès apportés par la nouvelle électricité.


Existe-t-il des normes aujourd’hui pour permettre une installation domotique et multimédia réussie dans les logements ?

Il existe énormément de solutions aujourd’hui. Cependant, on ne se met pas assez à la place des utilisateurs et on ne se demande pas assez ce qui permet de communiquer dans un logement. La technologie existe mais les logements, les pièces ne sont pas du tout adaptées et on est donc obligé de recourir à des technologies de substitution en sans fil ou en courant porteur en lieu et place de technologies filaires beaucoup plus fiables.

En domotique, il existe d’une part, des technologies propriétaires qui répondent parfaitement à des besoins ponctuels, et d’autre part une offre de produits standardisés en LON, KONNEX ou ZIGBEE qui permettent de mettre en œuvre des fonctions transversales et de rendre toutes les équipements capables de communiquer entre eux.

En multimédia, les installations basées sur la prise RJ45 sont très évolutives et peuvent accueillir des produits compatibles avec les standards IP et UPnP. On peut alors, selon les besoins, installer où on le souhaite une caméra, une borne Wi-Fi, un iPod, un écran tactile ou un vidéophone par exemple.

 

Quel est votre rôle, comment vous situez-vous dans la chaîne (dont vous parliez plus haut) ? Est-ce que le constat que vous mettez en avant a fait apparaître de nouveaux métiers ?

Il y a un chaînon manquant entre les architectes et les porteurs de projet. Aujourd’hui ces derniers ont très peu accès à l’innovation et au moindre conseil. Ils ont plutôt accès à des professionnels qui vont reproduire ce qu’ils font depuis des années. Mon métier est d’intervenir auprès de ces personnes pour leur permettre de prendre du recul et d’avoir une approche fonctionnelle. En fonction des besoins, des contraintes techniques et budgétaires, on va mettre en face de cela les technologies et les installateurs adéquats (électriciens, chauffagistes, intégrateurs…). Mon rôle est de faire de la conception et du conseil auprès des utilisateurs, des architectes et des installateurs pour recommander ce qu’il faut intégrer dans le projet, optimiser le choix du type de câblage, des solutions techniques et des fonctions à programmer.

Il y a deux types de nouveaux métiers :
- les métiers de conseil et de conception : il existe notamment en France un réseau qui s’appelle Domoconsulting composé aujourd’hui d’une quinzaine de consultants à même d’accompagner cette réflexion. Notre rôle est de concevoir globalement les installations et faire appel à des intégrateurs qui vont être capables de relier tous ces systèmes afin qu’il n’y est qu’un seul bouton sur lequel appuyer lorsqu’on quitte sa maison, un seul point de commande pour gérer l’ensemble des systèmes ;

- les métiers de mise en œuvre ou les métiers d’intégrateurs : il s’agit par exemple d’électriciens qui sont à la fois capables de mettre en route une box Internet, de programmer un écran tactile ou de mettre en service un home cinéma… Aujourd’hui on a plus un électricien qui fait son installation, un chauffagiste qui fait la sienne… Chaque corps de métier fait son installation dans son coin alors qu’il est indispensable de faire appel à des professionnels formés et capables de dépasser leurs compétences et d’élargir leur champ d’action.

Aujourd’hui la clientèle est très diversifiée: les personnes en situation de handicap, les professions libérales et les chefs d’entreprise, les jeunes attirés par les technologies numériques ou les seniors… Le vieillissement est l’un des marchés les plus prometteurs pour ces nouveaux métiers.

 

Quelles applications existe-t-il pour la cible des personnes âgées ?

Tout d'abord des applications liées au confort : optimisation de la température en hiver comme en été, éliminer certaines tâches répétitives et fastidieuses comme la gestion manuelle des volets ou des éclairages ou encore faciliter l'accueil des visiteurs par la vidéophonie sur téléphone et téléviseur, le contrôle d'accès ou la commande à distance des ouvertures. La technologie permet également d'accéder dans chaque pièce à toutes les ressources audiovisuelles, téléphoniques et informatiques ce qui rend possible la télémédecine, le monitoring, la téléassistance ou le maintien à domicile et renforce le lien virtuel avec la famille, les amis et les professionnels de santé. Au-delà de ces fonctions, c'est le potentiel évolutif de la technologie qui est déterminant. Nul ne sait dans quel état de santé il sera dans dix ans. En fonction du type de maladie, de déficience ou de handicap, l'implantation, la programmation et le fonctionnement même des équipements pourront être adaptés ce qui n'est pas le cas dans la plupart de nos logements actuels.


François-Xavier Jeuland est ingénieur spécialisé en domotique et multimédia. Diplômé de l’INSA (Institut national des sciences appliquées) et membre actif du réseau européen DomoConsulting, il intervient en tant que consultant indépendant auprès des industriels, des architectes, des installateurs et des particuliers. Il est auteur du livre "la maison communicante : réussir son installation domotique et multimédia" (Eyrolles - 2007 - www.maisoncommunicante.com) et coauteur du livre "Maison A/Studio B" (Eyrolles / Architectures à vivre - 2007). Il est également à l'initiative du projet "construisons demain!" présenté à Batimat en novembre 2007, et qui sera à nouveau visible sur Interclima+Elec (février 2008), à la Foire de Paris (avril 2008) et sur une dizaine de salons en région.



 


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