MATHUSALEM (France)

Auteur : Duthil Gilles / Levy Claire


Ville : spécial Nantes - Des besoins urgents

Spécial Nantes. Des besoins urgents

L'accueil des personnes âgées souffre de lacunes à Nantes et dans son agglomération, alors que les zones rurales sont plutôt bien pourvues. Le département s'est donné cinq ans pour rattraper son retard.

Gérard Mauduit rappelle qu'il faut sortir des traditionnels schémas de pensée sur le parcours des personnes âgées.
« Chacun doit pouvoir choisir la façon dont il souhaite vieillir et même mourir, dans le respect et la dignité. ».

Maintien à domicile, foyers-logements, domiciles services, accueils temporaires : la panoplie s'élargit d'année en année pour permettre à chacun de vivre au mieux sa vieillesse. Avec, in fine, des établissements qui, pour le conseil général, ont vocation à accueillir des personnes dépendantes. « Sur ce point, nous sommes en désaccord avec la plupart des intervenants institutionnels, dit Luc Blond, qui, avec 10 % des 180 maisons de retraite du département, est un acteur important du secteur. Deux tiers des personnes qui expriment le désir d'intégrer nos établissements veulent avant tout briser la solitude et sécuriser sous toutes ses formes leur vie quotidienne. »

C'est un nouvel enjeu pour les maisons de retraite, qui refusent de se voir accoler une image de mouroir. Des besoins nouveaux s'expriment pour que le quatrième âge soit encore source de bonheur. A la prise en charge de la dépendance et de la fin de vie s'ajoute le souhait de voir les établissements multiplier les animations, les rencontres, les loisirs pour que la vie ait encore un sens.

Trouver « la » bonne maison de retraite devient alors un casse-tête pour les familles. D'où le succès des guides (voir pages suivantes) qui aident à effectuer le bon choix.


Le Repos de Procé


Non loin du célèbre parc nantais, Le Repos de Procé est un des 23 établissements gérés par Mutualité Retraite dans le département. Avec son architecture conviviale, tournée vers l'extérieur et la lumière, c'est sans doute l'un des plus recherchés puisque la liste d'attente compte 600 noms !

L'établissement vient de recevoir un label de qualité (1), notamment pour l'accueil.
« Notre souci prioritaire est de favoriser l'intégration des personnes, explique Dominique Delacretaz, directrice de l'établissement. On n'y vient pas du jour au lendemain, d'abord parce que les listes d'attente s'allongent, mais surtout parce que nous voulons que s'établisse un contact plusieurs mois avant l'entrée de la personne. En la faisant venir à plusieurs reprises dans notre établissement et en la visitant pour comprendre son environnement, nous la préparons à ce changement de vie qui n'est jamais anodin. »

Ici comme partout, on entre de plus en plus tardivement, « vers 87-88 ans aujourd'hui ». La moitié des résidents est autonome et compte quelques centenaires.

La maison est parfaitement intégrée au quartier Procé/Mellinet. « Régulièrement, des personnes du voisinage viennent déjeuner, pour rompre leur solitude. Elles retrouvent un peu de joie de vivre au contact des résidents. » Comme l'affirme l'une d'entre elles, ce sont des « moments suspendus ».

Le Repos de Procé jouxte un séjour temporaire en cours d'extension.


Les Lys (Carquefou
)

Ce qui frappe d'emblée dans cet établissement construit dans un écrin de verdure, c'est la luminosité et l'espace. Vaste hall, chambres individuelles de 21 mètres carrés, multiples petits salons : le bâtiment, qui n'a que deux ans, n'a plus rien à voir avec celui qui était situé dans le centre-ville de Carquefou : « En déménageant, nous sommes repartis de zéro. L'établissement a été totalement repensé. Cela a donné un nouveau souffle autant pour les équipes que pour les résidents, affirme la directrice, Véronique Lambert, qui se dit agacée par la mauvaise image des établissements pour personnes âgées. Ce sont des lieux de vie où chacun a sa place. Nous veillons à adapter les animations et la vie quotidienne à la personnalité de nos résidents. Et à leur proposer par exemple des soins de bien-être, comme un "espace zen", auxquels ils n'ont jamais pu ou voulu accéder au cours de leur vie. »

Véronique Lambert n'omet pas de parler des rôles dévolus aussi à son établissement. Comme celui de prendre en charge la dépendance, notamment celle liée à la maladie d'Alzheimer : « Nous avons dix places dans un lieu spécialisé que nous appelons ici "Eau vive". Pour accompagner les personnes en fin de vie, nous travaillons avec Respavies et JALMALV [Jusqu'à la mort accompa gner la vie]. »

Avec 165 places pour 1 000 personnes âgées de plus de 75 ans, la Loire-Atlantique est statistiquement bien dotée en établissements pour personnes âgées par rapport à la moyenne nationale (137 lits). Ce résultat positif ne doit pas cacher des disparités au sein même du département : le déséquilibre est réel entre les zones rurales, plutôt favorisées, et les agglomérations nantaise et nazairienne, où le manque de structures d'accueil se fait durement sentir. « Nous voulons combler ce retard dans les cinq ans et c'est l'une des priorités du schéma gérontologique 2006-2010 que nous avons adopté l'an passé, dit Gérard Mauduit, vice-président du conseil général de Loire-Atlantique. 1 800 places sont programmées, dont 1 200 dans la métropole nantaise. » Malheureusement, les objectifs seront difficiles à atteindre. « Comme chaque établissement nouveau doit désormais être médicalisé et nécessite des fonds de l'assurance-maladie et du plan Solidarité grand âge, nous ne maîtrisons pas le calendrier. Ainsi, le conseil général a la compétence pour coordonner la réalisation de maisons de retraite, mais si l'Etat ne délivre pas d'enveloppes financières suffisantes nous ne pouvons rien faire. » Résultat : 130 places seulement ont été créées en 2006 en Loire-Atlantique, 120 en 2007 et sans doute 75 l'an prochain... Luc Blond, directeur de Mutualité Retraite fait le même constat : « Nous ouvrirons seulement l'an prochain un établissement à Nantes qui a reçu une décision favorable en 2003. »

(1) Union nationale mutualiste personnes âgées personnes handicapées (UNMPAPH)


Source : Le Point, Propos recueillis par Denis ROUX, 27 septembre 2007

07/12/2007
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