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Habitat Solidaire, troisième voie du bien vieillir chez soi

Dans le contexte du vieillissement démographique, Anne Labit, maîtresse de conférences à l’Université d’Orléans/laboratoire CEDETE évoque plusieurs voies pour permettre aux personnes concernées de vivre chez elles le plus longtemps possible.

Le développement des services à domicile, d’une part, l’adaptation de l’habitat (accessibilité et domotique), d’autre part, sont les solutions le plus souvent mises en avant. 

Pour autant, on sait bien que la préservation du lien social constitue également un principe actif du maintien à domicile. Au-delà du coût des services ou du manque de sécurité, l’isolement et la solitude peuvent être une raison de choisir une mobilité vers un habitat plus propice au bien vieillir.

L’habitat solidaire recouvre des réalités très différentes les unes des autres : colocation étudiant-senior, accueil familial, résidence intergénérationnelle, habitat coopératif, habitat kangourou, cohousing… telles sont quelques unes des expériences en cours en France et à l’étranger. De nouvelles solidarités face au vieillissement viennent ainsi renforcer ou remplacer des solidarités traditionnelles (familiales, de voisinage) en mutation. Devant la ténacité des porteurs (qui sont plus souvent des porteuses) de ces projets d’habitat solidaire, les pouvoirs publics sont poussés à l’innovation (statut expérimental de la coopérative d’habitants, Charte de la Colocation Solidaire Intergénérationnelle, modification des règles de l’attribution HLM, création de lignes budgétaires pour accompagner ce type de projet, etc.).

-delà des difficultés juridiques et financières, encore nombreuses, qui font obstacle au développement de ce type d’habitat, les difficultés d’ordre social sont les plus cruciales : sur quels critères constituer les binômes (étudiant-senior ou famille-senior) et les groupes d’habitants ? comment gérer la vie collective et les espaces communs ? quels modes de prise de décision privilégier ? faut-il laisser la solidarité s’organiser sur un mode spontané, interindividuel, ou bien faut-il l’inscrire dans des statuts collectifs ? Nos recherches en cours, en France et à l’étranger, tendent à montrer que ces modes d’habitat sont en permanence à la recherche de délicats équilibres et que les conflits en sont une donnée incontournable. Ces conflits n’entament que rarement la solidarité qui est au fondement du projet et qui peut s’exercer hors des relations affectives, mais ils peuvent évidemment conduire à des souffrances psychologiques. La création d’espaces de débat, le recours à des systèmes de médiations internes, l’accompagnement du binôme ou du groupe apparaissent ainsi comme des éléments essentiels à la réussite dans la durée du projet d’habitat solidaire.

Biographie
Anne Labit est maîtresse de conférences à l’Université d’Orléans/laboratoire CEDETE. Ses recherches portent sur l’économie sociale et solidaire. Elle mène en ce moment une recherche sur les formes innovantes d’habitat des retraités, en partenariat avec des sociologues de l’Université de Tours (laboratoire CITERES).

 
     
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