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Les seniors entrepreneurs sont oubliés par les politiques

le_gales_yannPar Yann Le Galès le 27 avril 2012 8h34 Le Figaro

Adnane Maâlaoui, Imen Safraou, Sylvaine Castellano, professeurs-chercheurs à ESG Management School et Gilles Bouchard, administrateur d'Harvard Angels France analysent pourquoi les pouvoirs publics ignorent le phénomène des seniors qui deviennent entrepreneurs. Ils souhaitent que les politiques et les entreprises se mobilisent. 


Cette constatation est d'autant plus pesante que l'Union Européenne se félicite de promulguer l'année européenne 2012, "année du vieillissement actif et de la solidarité intergénérationnelle". Les seniopreneurs se retrouvent isolés,oubliés et assez souvent exclus du cadre d'analyse des experts. Et pourtant leur apport peut être considéré comme une réelle opportunité dans une perspective de relance économique et sociale des Etats.

Un phénomène important qui caractérise notre siècle est "le vieillissement démographique". Pour les années à venir, les personnes âgées vont représenter le segment de population le plus important. Ceci est dû au phénomène de "Papy boom" qui reflète l'accroissement de la population âgée ainsi que son impact sur la société de consommation. Après avoir été longtemps dans l'oubli, les personnes âgées captivent de plus en plus l'attention des responsables de tout bord qui cherchent à atteindre ce segment (Safraou 2009). En effet, l'intérêt porté aux personnes âgées a vu le jour au début des années 60.

En Europe de manière générale et en France en particulier, les personnes âgées représentent un segment en forte croissance. En 2012, les 50-64 ans représentaient ainsi 19,2% en France contre 19,1% dans l'Europe des 27 (Eurostat) et les 65-79 ans 11,4% en France pour 12,7% dans la communauté européenne. Au 1 er janvier 2000, plus de 100 millions d'européens ont plus de 50 ans, dont 19 millions de Français. Toutes les 37 secondes, un Baby boomer franchit le cap des 50 ans. En 2020, ils atteindront les 25 millions et ils seront 30,5 millions en 2050 (Chevalier, 2000).

En France, la problématique des seniors est saisissante et les "présidentielles" ne font que confirmer un constat accablant. En décortiquant le programme des différents candidats, on ne peut que mettre en avant leurs carences en matière d'employabilité des seniors: aucun des cinq présidentiables n'avançait de réelles propositions en faveur des seniors et particulièrement en matière d'emploi.

Pour François Hollande, les seniors se résument tout simplement à une opération retraite et un retour à 60 ans à l'âge légal de la retraite. Il souhaite "une négociation globale" dès l'été 2012 avec les partenaires sociaux afin de définir dans un cadre financier durablement équilibré l'âge légal de départ à la retraite. Il souhaite également engager une réforme de la dépendance permettant de mieux accompagner la perte d'autonomie. Pour Nicolas Sarkozy, une formation est possible pour les personnes en situation de chômage, même les plus âgées d'entre elles. "A 57 ans, on n'est pas fichu! On n'est pas foutu! Et si vous me permettez cette expression - on a autre chose à faire que de rester chez soi à attendre la retraite, à déprimer, à se sentir inutile, socialement et économiquement". Jean-Luc Mélenchon souhaitait rétablir le droit à la retraite à 60 ans à taux plein. Il avançait des mesures pour "éradiquer le chômage sans mettre à aucun moment les seniors au devant de ses préoccupations". Quant à François Bayrou, il proposait à 'toute entreprise de moins de 50 salariés l'ouverture d'un droit à un emploi sans charges pendant deux ans pourvu qu'il s'agisse d'un CDI (avec période d'essai) proposé à un jeune dont ce sera le premier emploi où à un chômeur". Enfin Marine Le Pen souhaitait revenir progressivement à 60 ans à l'âge légal de la retraite et "pour les travailleurs ayant débuté leur activité professionnelle précocement, des négociations par branche et par secteur détermineront les modalités d'une possible dérogation à cette règle des 60 ans". 

L'année 2012 a été promulguée par l'Union Européenne année du vieillissement actif et donc de l'employabilité des seniors. Cependant les entreprises continuent à bouder les 50 ans et plus. Ce sont les caractéristiques même de cette frange de la population qui leur posent problème. En effet,pour le sociologue Serge Guérin, spécialiste des seniors, "les représentations restent fondamentalement négatives vis à vis de l'âge et si l'on assiste progressivement à une prise de conscience du caractère inéluctable de l'allongement de la durée d'activité, il existe un fossé entre cette analyse et l'action qui devrait en résulter". Et malgré les différents efforts entrepris par les pouvoirs publics, le très controversé seuil des 50% ( en termes d'employabilité des 50 ans et plus) reste utopique pour la plupart des pays européens.

Nous constatons au vu des résultats une légère baisse du chômage chez les 50 ans et plus mais il est évident que le problème reste de taille pour les pouvoirs publics et les politiques. Cette frange de la population continue à mettre en difficulté, involontairement, la sphère économique et sociale. En France, l'Insee comptabilise près de 485 000 seniors-chômeurs.

L'année européenne 2012 est promulguée année du vieillissement actif et de la solidarité intergénérationnelle. D'après la Commission européenne, "cette initiative vise à améliorer les possibilités d'emploi et les conditions de travail des personnes âgées, de plus en plus nombreuses en Europe, afin de les aider à jouer un rôle actif dans la société et à encourager le vieillissement en bonne santé" (septembre 2010).

Ces initiatives nous rappellent que les seniors constituent un potentiel démographique et économique et qu'ils représentent une catégorie d'acteurs incontournables des débats actuels ( utilisation des nouvelles technologies, santé, intentions de vote,etc...). Cet intérêt croissance envers cette catégorie de la population est une invitation à nous pencher sur un nouveau phénomène: la création d'entreprise par les seniors.

En France, les dernières études auprès des seniors montrent un fort engouement pour l'entrepreneuriat (Maâlaoui et al, 2012). En 2010, plus de 16% des créations sont le fait de personnes de 50 ans et plus. Selon l'APCE, plus de 50 000 personnes d'au moins 50 ans ont créé une entreprise en 2008.Dans une étude menée par le CSA et l'APCE (2010), 51% de l'échantillon formé par des seniors salariés ou à la recherche d'un emploi se disent prêts à entreprendre. En France, près d'un senior sur deux finance sa propre création d'entreprise. Leur profil est différent car il s'agit aussi bien de salariés, de demandeurs d'emplois, de retraités et même d'entrepreneurs en activité.

Les seniors sont généralement confrontés à plusieurs difficultés notamment au souci du désengagement, à l'isolement social et professionnel, à la préoccupation pour les générations futures....Ces craintes associées à d'autres motivations viennent animer un nouveau désir et un nouvel acte qui serait susceptible de remédier à ces problèmes: tenter l'expérience entrepreneuriale et probablement tenter de couper court à leur propre chômage.

Autrement dit, le senior entrepreneur est "un invidividu qui a entamé une expérience entrepreneuriale postérieure à ses 50 ans. Il souhaite faire face au désengagement social et prolonger son activité professionnelle. Cette frange de la population ambitionne de transmettre aux générations futures ses connaissances, son expérience, son expertise et éventuellement un patrimoine. Le senior entrepreneur souhaite également générer des revenus pour assurer son quotidien ou un complément de salaire" ( Maâlaoui et al, 2012).

En France, il serait intéressant de mobiliser la classe politique ainsi que les partenaires privés sur la problématique de l'entrepreneuriat des seniors. Il faudrait mettre en avant une vraie prise de conscience quant au potentiel entrepreneurial des seniors et leur capacité à créer de la richesse indépendamment de l'étiquette "vieux" qu'on leur attribue. Les seniors ne sont pas uniquement destinés à faire de l'associatif et du bénévolat. Ils peuvent nous apporter au travers de leurs compétences, expériences, savoir-faire et réseaux un réel support à l'acte entrepreneurial. Toutefois, les seniors entrepreneurs ne sont pas assez sensibilisés à l'entrepreneuriat et il faudrait proposer une vraie campagne d'initiation et d'intéressement. Il serait également intéressant de proposer à cette population un vrai levier en matière fiscale et financière.

Il est important que les pouvoirs publics prennent conscience de l'importance du phénomène et lui accorde toute la légitimité qui lui revient de droit. Les seniors entrepreneurs peuvent au-delà de la création d'entreprise, créer des emplois. A supposer que nous arrivions à sensibiliser 25% des seniors en situation de chômage et que chaque création puisse générer 5 emplois, plus de 600 000 emplois seraient créés.   

Avec l'aimable autorisation de Yann Le Galès (Figaro)

BIOGRAPHIE

Rédacteur en chef adjoint au service économie du Figaro, Yann Le Galès est en charge des aspects macro économiques des entreprises françaises et européennes. En contact avec les think-tanks patronaux et les instituts de recherche économique, il observe la politique économique du gouvernement à l’égard des entreprises, plus particulièrement des PME. Il s’intéresse également aux problèmes de gouvernance (rémunération, conseil d’administration). Il anime la rubrique "idées pour demain" qui paraît chaque lundi dans les pages économiques du Figaro.

 
     
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