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Le secteur des gérontechnologies, une chaine de valeur pas encore suffisamment mature en France

dikansky_c_2013 Par Clémence DIKANSKY


Les gérontechnologies sont des solutions innovantes. Mais qu’entend-on par innovation ?

1) les théories de l’innovation appliquées aux gérontechnologies

    Dans le manuel d’Oslo, « l’Organisation de Coopération et de Développement Économique (OCDE) »,  propose une définition « théorique » de l’innovation.
Dans cette conception, une innovation correspond à « la mise en œuvre d’une ou plusieurs catégories d’innovation »1.

« Traditionnellement, on distingue 4 catégories d’innovation :
- Les innovations de produits qui incluent des biens ou des services complètement nouveaux  et les améliorations importantes qui sont apportées à des produits existants ;
- Les innovations de procédés correspondant à des évolutions significatives dans les méthodes de production et de distribution ;
- Les innovations d’organisation dans les pratiques de l’entreprise ou une nouvelle organisation du lieu de travail et des relations extérieures par exemple ;  
- Les innovations de commercialisation quant à elles, touchent aux changements apportés à la conception, au conditionnement, à la promotion, au placement et la stratégie de tarification d’un produit ; »

Quelque soit la catégorie d’innovation, l’innovation doit pour exister être « mise en œuvre ». Un nouveau produit  (bien ou service) ou un produit amélioré doivent par exemple être lancés sur le marché. De nouveaux procédés commerciaux ou organisationnels doivent être effectivement utilisés dans le cadre des opérations de l’entreprise.

    Cette première définition peut être complétée avec une version plus « opérationnelle » proposée par Zimmer, Piette, Yannou, Stal-Le Cardinal (2011)2, qui explicite les facteurs de succès d’une innovation dans le secteur des gérontechnologies.

Dans cette conception, l’innovation est pensée comme «un ensemble de phases stratégiques à maitriser pour permettre la mise sur le marché d’une invention ». Pour ces chercheurs, l’innovation est un processus séquentiel amorcé par l’identification d’une nouvelle opportunité de marché et/ou de service pour une invention technologique donnée. Ce processus une fois lancé, conduit à des activités de développement, de production et de marketing dans le but d’arriver au succès commercial de l’invention. Les facteurs clés de succès de l’innovation passent ainsi par la connaissance d’un marché, le développement de solutions techniques réalisables et la définition du besoin.

    Cette définition qui présente l’innovation comme un ensemble de phases stratégiques à maitriser pour permettre la mise sur le marché d’une invention est particulièrement intéressante pour identifier où se situent les éventuelles fragilités dans le secteur des gérontechnologies.

    Aux facteurs clés de succès énoncés ci-dessus, on peut ajouter l’idée selon laquelle, aujourd’hui la mise sur le marché de produits ou de services innovants doit passer dans la phase de conception et de développement  par la création de nouvelles formes de partenariats  tels que les pôles de compétitivité.3 En effet, ce type d’organisation par la mise en réseau de grandes entreprises, de PME, de centres de recherche, d’organismes de formation et d’universités permet le management efficace d’un portefeuille de projets et maximise les chances d’atteindre l’objectif final de commercialisation4.

2) qu’en est-il vraiment en France ?
     Les travaux conduit par Zimmer (2012)5, qui explicitent le profil des offreurs de produits et l’organisation actuelle de la chaine de valeur permettent de mieux identifier les fragilités du secteur des gérontechnologies dans le processus de diffusion de l’innovation. .

    Il faut d’abord dire que le secteur des gérontechnologies en France, est en majeure partie composé de porteurs de projets individuels, de start-up et de petites et moyennes entreprises (PME) de 1 à 20 salariés). Et même si, de grands groupes industriels commencent à concevoir des produits à destination des personnes âgées fragilisées, ils restent minoritaires. Cette première caractéristique a des répercussions sur la façon dont sont conçus les produits.
    
    En effet, les porteurs de projets ont souvent comme particularités d’être : « des professionnels isolés du monde de l’industrie, de la santé ou de la recherche, motivés par la réalisation de profits ou par la volonté d’améliorer la qualité de vie des personnes âgées et/ou de leurs aidants suite à une expérience personnelle douloureuse de la vieillesse ».
Par ailleurs, ils manquent souvent de connaissances transversales dans les domaines du marketing, du médical, du management, de la technique, du juridique et du commercial.
Enfin, leurs ressources financières limitées les empêchent la plupart du temps de lever les fonds nécessaires pour concevoir des produits créateurs de richesse pour l’entreprise et les utilisateurs finaux.
De façon générale, ils manquent souvent d’une vision globale intégrant l’ensemble des phases de l’innovation et n’évaluent pas assez l’utilité de l’offre qu’ils souhaitent développer et le degré d’acceptabilité des personnes ciblées.
    
    Or les compétences nécessaires pour réaliser les étapes de la conception de ces produits sont nombreuses et transversales. Elles passent notamment par « la protection de l’invention, l’expression de la création de valeurs, l’étude de la concurrence, l’évaluation et la définition précise des besoins de la population cible ainsi que des conditions et du degré de son acceptabilité et enfin la connaissance des modalités de financement existants ».

    Au niveau de la conception de leurs projets, les concepteurs ont donc souvent du mal à bâtir le cahier des charges permettant à leur produit d’avoir une valeur ajoutée réelle pour ses utilisateurs. Ce qui favorise la création de produits parfois, peu adaptées aux besoins des consommateurs potentiels.

    Au niveau de la distribution maintenant, s’il existe bien une multitude de distributeurs potentiels pour les solutions d’aides à l’autonomie tels que : « les canaux médicaux (pharmacies, les orthopédistes, les généralistes), les canaux de la grande distribution, les canaux de la collectivité (agences régionales de santé ou les associations locales et les canaux  virtuels (sites internet), il n’existe pas à ce jour de canal de distribution dédié ». Selon Zimmer B. « Cette situation rend ainsi encore plus complexe l’accès, la sensibilisation aux produits et/ou services existants pour les clients potentiels et la compréhension des mécanismes de distribution pour les fabricants. Les nombreuses PME et start-up françaises, pour celles qui connaissent un succès commercial, tirent leurs revenus par la multiplication de leurs canaux de vente. Ce modèle d’affaires fonctionne par marges cumulées si bien que le produit disponible par le client final a un prix parfois élevé. Nous constatons également que, sur ce marché en émergence, il y a de nombreux intermédiaires entre le fabricant de l’offre et le client qui l’utilise. »

    De façon générale, ce qui caractérise ce secteur d’activité c’est « le nombre d’acteur issus d’univers différents (industrie, recherche, santé, économie) qui ont chacun leur propre vision du marché et qui à ce jour ne collaborent pas assez pour permettre le passage d’une idée d’innovation à la distribution de produits créateur de suffisamment de valeur (économique, sanitaire et sociétale) à l’ensemble des parties prenantes »6.

En guise de conclusion
C’est pour accompagner et encourager ces entrepreneurs, soutenir le développement de leurs solutions, que des clusters (pôle de compétitivité, grappes entreprises), financés par des politiques publics d’innovation en France, ont été mis en place. Parmi eux, Soliage, fait figure de success stories en termes de cluster. Cette organisation a développé des outils pour sélectionner et accompagner des projets d’innovation à fort potentiel de création de valeurs. Autour de cette compétence, Soliage fédère sur le territoire francilien plus de 90 structures réparties en trois grands collèges (les utilisateurs, les industriels et les partenaires de l’innovation). Ces acteurs sont organisés pour intervenir à des jalons spécifique du projet d’innovation. Soliage participe au développement du marché par des actions collectives. Parmi ces 90 structures, une cinquantaine sont des entreprises qui conçoivent et distribuent des solutions innovantes. Citons Legrand, Doro, Vivago, Assystel, BlueLinea, Link Care Services et Herdegen pour illustrer ce propos.

Biographie
Clémence DIKANSKY est étudiante à Sup de Co Reims (REIMS MANAGEMENT SCHOOL), auteur d’un mémoire sur « Les conditions de l’essor du marché des gérontechnologies aujourd’hui en France » Février 2013.

Références bibliographiques
1 OCDE. La mesure des activités scientifiques et technologiques – Manuel d’Oslo : principes directeurs par le recueil et l’interprétation des données sur l’innovation. Organisation de Coopération et de Développement Economiques. Paris, Les Editions de l’OCDE, 3ème édition. (2005).
2 « Conférence Internationale sur Management de l’innovation en gérontechnologies : Une liste de bonnes pratiques destinée au porteur de projet en phase amont de conception de produit et/ou service innovant », Zimmer, Piette, Yannou, Stal-Le Cardinal (2011)
3 Chalant Ingrid, Vandenborne Emilie « Les mondes sociocognitifs à l’épreuve des projets d’innovation technologique » Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur  (2010)
4 Chalant Ingrid, Vandenborne Emilie « Les mondes sociocognitifs à l’épreuve des projets d’innovation technologique » Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur  (2010)
5 Zimmer B., « Structuration d’un cluster d’innovation : Application aux projets d’innovation dans une grappe d’entreprises en gérontechnologies », Thèse pour l’obtention du grade de Docteur, Ecole Centrale Paris (Mai 2012) 
6 Zimmer B., « Structuration d’un cluster d’innovation : Application aux projets d’innovation dans une grappe d’entreprises en gérontechnologies », Thèse pour l’obtention du grade de Docteur, Ecole Centrale Paris (Mai 2012)
 
     
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