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La "Silver Economy"...

 malki_m_20130502_v2... au service du bien vieillir, de la croissance économique et de la confiance en l’avenir

 

La longévité, c’est la vie devant soi !

La longévité et le vieillissement collectif qui en résulte sont un phénomène de civilisation inédit dans l’histoire humaine. Quatre, voire cinq, générations vivent ensemble et partagent un même présent et sont engagées dans un même avenir. C’est une formidable chance individuelle et collective ! Parce que nous vivons de plus en plus longtemps, nous avons le temps de nous construire et d’aboutir de nombreux projets individuels. Nous avons la chance de vivre avec nos grands-parents, et parfois nos arrières grands-parents, d’accompagner nos parents dans leur avancée en l’âge quand, à leur tour, nos propres enfants, etc, en font de même avec nous formant ainsi une vaste chaîne de solidarités intergénérationnelles familiales et sociales. Nous avons, en outre, le temps de voir évoluer la société et le monde, et en être des témoins vivants !

En France, l’espérance de vie moyenne à la naissance a presque doublé en un siècle : 45 ans en 1900, environ 80 ans aujourd’hui. Cette progression considérable coïncidait avec la « révolution pasteurienne » et les progrès immenses qu’elle a depuis ouverts dans le champ sanitaire (aseptie, vaccins, sulfamides, antibiotiques…). Mais cette innovation médicale majeure n’aurait pas pu produire tous ses effets sans les innovations sociales et organisationnelles de l’écosystème de santé (lutte contre l’insalubrité, éducation à l’hygiène, offre alimentaire, amélioration des conditions de travail, sécurité sociale…). Ainsi, les gains en espérance de vie ont pu profiter, même si des inégalités persistent, à toute la population des deux sexes, à tous les âges et à toutes les catégories sociales. Moins soutenue depuis 3 ou 4 décennies, l’espérance de vie moyenne continue de progresser, et c’est capital, elle est de plus en plus tirée par la dynamique des gains aux âges élevés. Depuis les années 1990, les ¾ des gains en espérance de vie chez les hommes et plus de 85% chez les femmes ont été constatés au-delà de 65 ans et en particulier au-delà de 80 ans (respectivement 40% et 65% du total des gains)1. Si bien qu’aujourd’hui, un homme âgé de 60 ans peut espérer vivre encore 22,5 ans supplémentaires, et 27,3 ans pour une femme. C’est là sans doute l’impact de la « révolution cardio-vasculaire » et des progrès réalisés dans le traitement des pathologies chroniques comme les tumeurs, les maladies respiratoires et digestives. Mais, ces progrès auront-ils pu produire tous leurs effest, sans l’amélioration de l’accès aux soins, de la protection sociale et des conditions vie des personnes âgées, et sans l’attention plus grande portée à leur égard par notre société ?

Agir en amont pour préserver la santé et l’autonomie :

En France, la dépendance est depuis plusieurs décennies au centre de l’action publique et des moyens croissants ont été mis en œuvre pour améliorer la prise en charge sanitaire et médicosociale des personnes âgées dépendantes. C’est ainsi que la quasi-totalité des activités de la gériatrie française est orientée vers l’assistance et l’accompagnement de personnes dépendantes. Mais, agir quand la personne est déjà dépendante, c’est agir trop tard quand il y a peu de chance de rendre la situation réversible. Cette approche traditionnelle de l’accompagnement de l’âge est en passe d’être dépassée et, depuis quelques années, se dessine en filigrane un nouveau paradigme centré sur la promotion de la santé et la prévention des risques liés à l’avancée en l’âge.

Ainsi, nous pouvons espérer, pour les années ou décennies à venir, de nouveaux progrès en matière de diagnostic et de traitement des pathologies chroniques, en particulier neurogénératives. Mais, c’est sans doute par la prévention que nous pourrions réduire les risques de morbidité liés au vieillissement grâce à une action sur le comportement des individus et sur leur écosystème de vie et de santé. En effet, tous les professionnels en gérontologie et en gériatrie affirment que la plus part des pathologies et des limitations fonctionnelles liées au vieillissement sont sensibles à la prévention et que celle-ci répond à de vrais besoins individuels et collectifs. Au-delà de la prévention primaire qui s’adresse à tous et dès le jeune âge, cette prévention (secondaire et tertiaire) doit se recentrer particulièrement sur les personnes âgées qui sont le plus en risque, en raison de leur état de santé (pathologies chroniques, incapacités, fragilité) et de leurs modes de vie (sédentarité, nutrition, tabagisme, alcoolisme, conditions de logement, etc). Elle doit en outre prendre en considération plus particulièrement les inégalités sociales et territoriales en matière d’accès aux soins, services collectifs et réseaux sociaux. Favoriser le bien vieillir passe par une politique globale dont la transversalité doit correspondre à la diversité des domaines concernés (santé, nutrition, activités physiques et cognitives, adaptation du logement, accessibilité des espaces privés et publics, services de proximité, solutions numériques, inclusion sociale, etc.).

Dans un contexte de promotion du « vieillissement actif » en Europe (Année européenne 2012), que ce soit dans le marché du travail, la vie quotidienne ou la participation sociale, une plus grande attention est de mise pour promouvoir la bonne santé et le bien-être. Cette stratégie préventive devra démarrer dès 40 ans en profitant des années passées au travail ; ainsi l’entreprise (au sens large) pourrait être un acteur fort de prévention (réduction des addictions, du stress, des incapacités liées à l’exercice d’un métier ou à l’exposition aux mauvaises conditions de travail). L’enjeu est à la fois de favoriser la bonne santé des actifs et ainsi leur employabilité, et d’optimiser les ressources de la protection sociale. Cet enjeu est d’autant plus important que la France, comme les autres pays concernés par le vieillissement, devra mieux mobiliser sa masse active notamment dans la perspective de l’allongement de l’âge de la retraite.

Alors, la longévité, un défi ou une chance ? C’est donc à n’en pas douter, pour la France, il s’agit à la fois de répondre aux enjeux et de tirer parti des potentiels de ce changement démographique profond qui impacte l’ensemble des sphères d’organisation de notre société et interpelle tous ses acteurs politique, économiques, sociaux, scientifiques, etc. Pour ce faire, nous devons anticiper, prendre des dispositions appropriées et favoriser des innovations audacieuses dans plusieurs domaines comme le marché du travail, la formation continue, la santé, la recherche, les technologies, l’urbanisme, le logement, les transports, les services, la vie sociale et la culture...

Faire du vieillissement un atout économique !

En France, comme pour les autres pays développés, en particulier de l’Union européenne, et de certains pays émergeants concernés (Chine, Russie…), le vieillissement est une donnée réelle et durable pour les 50 prochaines années. C’est l’un des enjeux majeurs de ce siècle pour les pouvoirs publics nationaux et locaux, mais aussi pour tous les secteurs économiques (bâtiment, industriels, bancassurances, économie sociale, opérateurs de télécommunications et de services de santé, assistance, etc) qui devront être particulièrement mobilisés en faveur du développement d’une offre de qualité et accessible au plus grand nombre. Enfin, le vieillissement constitue, pour certains territoires, une véritable opportunité de développement d’une économie servicielle créatrice d’entreprises et d’emplois, et facteur de dynamisme démographique. C’est tout l’enjeu du lancement le 24 avril dernier de la filière de la « Silver Economy » par le ministère délégué aux personnes âgées et à l’autonomie et le ministère du Redressement productif.
Selon une étude2 réalisée en 2010 par le CREDOC pour le ministère de l’Industrie, le poids des seniors (plus de 50 ans) dans les dépenses de consommation dépasserait dès 2015 la moitié de la consommation totale, bien plus que leur part (39%) à cette date dans la population totale. Leurs achats représenteront plus que les 3/5e des marchés de l’alimentation à domicile et de la santé. Leurs dépenses en services d’assurances devraient rester d’un haut niveau (56 % des dépenses totales du secteur). L’on constate néanmoins une tendance à la baisse de la propension de consommation chez les 75 ans et plus alors même que leur revenu (revenu disponible brut) reste d’un niveau proche de celui des seniors plus jeunes (actifs et retraités). C’est le cas des ménages de retraités vivant en couple qui ont le taux d’épargne le plus élevé (28%) comparé à la moyenne nationale (15%). Cette tendance se renforce chez les 79 ans et plus vivant seuls : leur consommation baisse plus vite que leurs revenus qui restent encore assez confortables avec un fort taux d’épargne de 24,6%.

Cette étude pointe particulièrement l’inadaptation de l’offre de produits et de services aux modes de vie, aux besoins et aux attentes de personnes âgées. Un important potentiel de croissance existe dans certains secteurs comme l’habillement, l’équipement du logement, le bâtiment, les loisirs, les hôtels-restaurants et le commerce. C’est aussi le cas du secteur alimentaire qui pourrait proposer plus d’offres à base de régimes spécifiques à certaines pathologies chroniques de masse (cardio-vasculaire, diabète, obésité, ostéoporose…). Enfin, c’est également le cas des technologies et des services qui favorisent la santé et l’autonomie dans les lieux de vie (domicile privé, résidences services) comme la domotique, les outils de sécurité, d’aide à la mobilité, les stimulateurs d’activités de la vie quotidienne, la communication, l’éducation à la santé, le suivi sanitaire…

Pour les entreprises, il est nécessaire de favoriser des innovations dans la conception des produits et des services, les stratégies marketing et la distribution afin de mieux répondre aux besoins et aux attentes des seniors, notamment les 75 ans et plus dont les effectifs vont doubler à échéance de 2060 (11,9 millions, soit 16,2% de la population), et les 85 ans et plus qui passeront de 1,3 à 5,4 millions, soit quatre fois plus qu’aujourd’hui. C’est ce que font certains pays vieillissants comme l’Allemagne ou le Japon qui ont mis en place de véritables programmes en direction de leurs entreprises, en particulier les PME. En France, plusieurs chantiers publics ont été lancés ses dernières années mais ils concernent essentiellement le secteur santé (télémédecine, e-santé).

Enfin, l’épargne élevée chez les plus de 75 ans, plus que la baisse de la consommation, ne doit-elle pas être rapportée aussi sinon davantage sur le compte de leurs appréhensions face au « risque dépendance » et de leur volonté de ne pas constituer une charge pour leurs enfants et de préserver un patrimoine à leur transmettre. Des comportements similaires s’observent également dans d’autres pays européens comme l’Allemagne qui a mis en place un 5è risque dépendance et l’Italie où l’on compte encore beaucoup sur la solidarité familiale. Tomber dans la dépendance est considéré comme une réelle perte de qualité de vie, mais aussi un risque financier considérable pour soi et pour ses proches.

Le secteur assurantiel a un rôle décisif à jouer parce qu’il est au cœur de la protection des ménages, en particulier contre les risques du long terme (santé, épargne, prévoyance, retraite, dépendance...). Cela suppose un véritable changement culturel ! Si l’offre assurancielle dépendance actuelle peut s’enrichir par un meilleur accompagnement de la dépendance partielle, toutefois, le véritable marché assurantiel senior est celui du « Bien vieillir » qui concerne tous les seniors et pour une durée de vie plus longue (en moyenne de 22,5 ans pour les hommes et 27,3 ans pour les femmes) que celle de la dépendance (4,5 ans en moyenne). Ainsi, pour favoriser une approche transversale et évolutive des risques liés au vieillissement, il devient donc, indispensable de mobiliser et de valoriser toute la gamme des produits et services financiers et assurantiels existants et de nouveaux à imaginer allant des offres de prêts classiques ou spécifiques comme le PHV, aux contrats de prévoyance, d’assurance vie (épargne, rente, etc.), aux contrats dommages (MRH, et pourquoi pas automobile, l’autonomie de déplacement fait partie du bien vieillir). Les prestations du bien vieillir, sous leur palette allant de la prévention santé, au maintien de la mobilité, à l’aménagement des logements, aux services et technologies du « vivre chez soi » peuvent être distribuées seules, en accompagnant des contrats d’assurance ou de services financiers, ou encore en étant intégrées dans leurs prestations au même titre par exemple qu’une garantie d’assurance. Pour les assureurs, il s’agit là d’une opportunité indéniable pour mieux valoriser leurs métiers et de créer de nouveaux produits-services créateurs de valeur ajoutée en profitant du potentiel que représente une société vieillissante en demande croissante de protection et de confort. C’est aussi là que des innovations, des atouts concurrentiels et de  nouveaux gains de productivité sont possibles.

Pour le développement d’une filière « silver économy » :

L’usage des technologies de l'information et de la communication a significativement progressé ces dernières années, et ce dans tous les domaines, qu’il s’agisse du commerce, de l’industrie et des transports, de l’enseignement, de la culture et des loisirs. Et ce n’est que le début, la France étant encore en retard dans plusieurs domaines (éducation, administration, santé, médicosocial). Aujourd’hui, les Français sont dans leur grande majorité équipés, connectés et utilisent ces technologies dans leur vie quotidienne. Les seniors de moins de 70 ans ne sont pas en reste ; leur taux d’équipement et leurs usages sont croissants et sont considérés désormais comme le plus grand marché à cibler. On peut s’attendre logiquement à voir à l’avenir les nouvelles générations de seniors encore plus au faîte de ces outils et solutions numériques. Ces technologies et services appliqués aux domaines de la santé et de l’autonomie doivent aider à relever les grands défis auxquels est confrontée notre société : augmentation du nombre de patients souffrant de maladies chroniques et de personnes âgées en situation de fragilité et de perte d’autonomie, disparités géographiques (zones rurales et périurbaines) de l’offre de soins et d’accompagnements médicosocial et social, le tout dans un contexte économique et financier très tendu.

Ces technologies et ces services largement diffusés peuvent devenir véritablement des leviers de croissance économique, de création d’entreprises et d’emplois, et de compétitivité sur un marché international en développement. Enfin, la dimension développement durable n’est pas absente de cette silver économie : sécurité des bâtiments, efficacité énergétique, gestion des fluides, réduction des déplacements coûteux, consommateurs d’énergies non renouvelables et polluantes.

 

Notes
(1) Evolutions démographiques récentes en France, Population-F, 66 (3-4), 2011, 503-554.
(2) Les seniors, une cible délaissée, CREDOC, voir synthèse publiée dans Consommation & modes de vie, n°229 – mai 2010.

 

BIOGRAPHIE

Mohammed MALKI
Ancien membre des cabinets ministériels (2009-12) de R. Bachelot-Narquin (Solidarités) et de N. Berra (Aînés et Santé) où il a notamment piloté les programmes nationaux : Vivre chez soi, Bien vieillir, aide aux aidants, maladies chroniques, e-santé, soins palliatifs, droits des patients... Il a participé à la rédaction du volet sur les « Innovations assurancielles du Bien Vieillir » du livre blanc 2013 du Pôle Finance Innovation. Il est aujourd’hui consultant indépendant et membre de l’Institut Silverlife.

 
     
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